Un service social digne de ce nom au service d’une vraie politique sociale…
(Article faisant suite à notre tribune parue dans « Gif Infos » de février 2025)
Une politique sociale … ne commence à être sociale que si elle est d’abord portée à connaissance de façon satisfaisante des intéressés : c’est déjà là où le bât blesse dans la pratique municipale actuelle.
Ensuite, une fois connue par les intéressés, il nous parait nécessaire qu’elle soit pensée et appliquée de façon globale, et non par des actions de sous-poudrages par ailleurs souvent obligatoires et éventuellement quelque peu tape-à-l’œil.
Une politique sociale apprivoisée par son public
La connaissance des droits (et devoirs) de chacun est d’une importance primordiale. Encore faut-il que ce porté à connaissance existe et pénètre efficacement les foyers concernés. Nous sommes ainsi frappés que dans l’accord conclu entre le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS)[1] giffois et la CPAM[2] de l’Essonne, si toute l’information nécessaire est parfaitement ciblée, elle ne concerne que « les demandeurs » c’est-à-dire ceux qui auront fait la démarche de venir en mairie. Mais combien de personnes restent sur le bord du chemin sans savoir même qu’ils peuvent et ont le droit de demander de l’aide et que ce n’est pas honteux ? A titre d’exemple, et dans un domaine voisin, on considère qu’en France, 30% des personnes potentiellement ciblées par le RSA n’en font pas la demande.
Tous les CCAS se plaignent, en effet, d’avoir moins de demandes qu’auparavant. Or la pauvreté a changé et la société aussi : les « nouveaux pauvres » sont beaucoup plus nombreux mais sont plutôt maintenant des « économiquement défavorises » que des accidentés de la vie. La fierté de ces personnes les empêche souvent de pousser la porte d’un service car c’est alors s’avouer à soi-même ou indiquer aux autres que l’on est dans la mouise la plus complète et qu’on ne peut s’en sortir tout seul… D’où l’intérêt pour un service social de s’externaliser et de se faire connaître dans les quartiers dits défavorisés : fonctionnaires mais aussi élus-référents de quartiers pourraient assumer ce rôle. On pourrait imaginer également des « Ambassadeurs sociaux », issus de leur quartier, formés et agréés par le CCAS, tenus au secret professionnel qui permettraient une information en temps réel dans chaque secteur de la ville : le bouche à oreille est l’une des meilleures médiatisations dans le domaine. Il fut un temps par exemple où les demandes d’aides aux « vacances » pour aller voir la famille restée « au pays » existaient en nombre : comment diable ces demandes peuvent-elles ne plus exister ? Mais les aides ne sont pas seulement financières et touchent tout ce qui est document administratif à remplir et à expliquer…une personne sur place qui serait une conseillère à l’écoute à l’écoute pourrait être le maillon manquant pour contacter le service social en mairie…
Une politique sociale globale, pas une somme de mesures
Cela nécessite tout d’abord une plus grande démocratisation de la définition et des priorités des besoins : pourquoi ne pas demander aux Giffois en les faisant participer à un atelier portant sur leurs propres besoins ? Se doter d’un outil tel que le quotient familial (QF) est plus que nécessaire mais définir sur quelles priorités de dépenses il doit être appliqué, quelles doivent en être ses tranches, etc…en coopération avec les intéressés eux-mêmes nous semble opportun.
Nous proposons par ailleurs un certain nombre de mesures qui nous semblent indispensables dans une vraie politique sociale :
- Application du Quotient familial à la « Table du Parc »
Il s’agit d’un petit espace de restauration tenu par la mairie, destiné aux anciens de plus de 60 ans, à leur famille et à leurs invités, qui propose un repas à prix modique chaque midi de jour ouvrable. Cette offre permet également pour beaucoup de vaincre une solitude forcée et d’échanger. Il a d’ailleurs été mis à l’honneur comme un article du Gif Infos de février 2025 nous en informe. Il nous semble opportun de l’élargir aux anciens les plus démunis en tenant compte du revenu fiscal de référence (RFR) sans, bien entendu, trahir l’ambiance « club » que représente cet espace privilégié. Pour financer le coût de cette mesure, nous proposons que l’âge d’accès à cette espace soit reculé à 65 ans, l’allongement de la durée de vie et du départ à la retraite, l’autorisant nous semble-t-il…
Et pour créer du lien, pourquoi ne pas imaginer des repas préparés en commun (sur la base du volontariat), ou des visites de fournisseurs proches ?
- Offres de mini séjours familiaux de vacances d’été
Notre CCAS propose actuellement deux journées en juillet/aout de séjours quasi gratuits à la mer pour les enfants giffois qui ne partent pas en vacances, accompagné d’un parent. Hormis le fait que les heures passées à la plage sont grignotées par le temps des transports en bus, elles ont le gout amer d’être trop courtes pour favoriser une harmonieuse détente de la cellule familiale loin des soucis quotidiens. Il nous semble intéressant d’étudier la possibilité d’offrir à ces familles des tranches les plus basses du QF, de courts séjours d’une semaine en été à la mer ou à la montagne : un dépaysement bienvenu destiné à reconstruire les liens de cellules familiales trop souvent distendus !
Certains prétendent que ces actions risquent de coûter cher à la collectivité dans la mesure où elles seraient financées par la seule subvention du budget municipal au CCAS et donc de déséquilibrer celui-ci. Nous suggérons donc des mesures d’économies qui permettraient de financer en partie ces nouvelles actions. Ainsi, ce que peu de Giffois savent, le repas de cantine de tous nos écoliers, quels que soient les revenus des parents, n’est facturé que pour 50% du coût réel, le QF s’appliquant sur ce montant pour les tranches concernées.
Nous proposons donc de faire payer par les familles une part beaucoup plus importante du repas de cantine pour les enfants des classes aisées, tout en mettant à niveau les tranches du QF. Cela permettrait de financer partiellement ces nouvelles offres.
- Une politique sociale incluant les seniors, le handicap et plus d’HLM
Nous pensons nécessaire de reprendre une vraie concertation (voir notre conception de ce concept dans le Gif Infos de septembre 2024 ou sur le site) sur la question d’une « Résidence Séniors » à Gif, tant en ce qui concerne les besoins que les services à offrir.
Nous proposons une actualisation dans le temps et dans l’espace du « Plan PMR » réalisé sur Gif il y a quelques années, mais dont les résultats ont été assez maigres. Elle nous permettrait de déboucher ainsi sur une véritable adaptation de notre ville à tous les handicaps visibles et invisibles pour faire de Gif une ville accueillante aux personnes dans la différence. Une attribution de compétence de tous les handicaps visibles et invisibles à un conseiller délégué nous semble d’ailleurs nécessaire.
Enfin nous trouvons honteux, même si la loi le permet, que Gif se vante d’avoir plus de 25% de logements sociaux… en incluant les logements étudiants. Certes, certains étudiants inclus sont effectivement concernés mais combien d’étudiants aux parents fortunés en bénéficient également tout en touchant de plus les APL ? C’est certes un choix politique qui nous dépasse localement mais que cela ne nous empêche pas de penser que nous n’avons en réalité moins de logements sociaux que ce que nous impose la loi SRU. Il est donc important de prévoir pour chaque opération immobilière prévue dans notre ville un contingent de logements sociaux digne de notre ville.
- Une lutte contre toute les formes de ghettoïsation
L’expérience d’ATD Quart Monde le démontre : la lutte pour sortir de la pauvreté et de la ghettoïsation, quelles que soient leurs origines (sociales, scolaires, géographiques…), nécessitent aussi un accompagnement visant à faire reprendre confiance à ceux qui sont enfermés malgré eux dans la difficulté, en leur permettant de mettre en avant leurs potentialités, culturelles, humaines ou sociales.
- Un accès à une culture de tous les jours
Avoir accès à une culture participative nous parait important et réalisable : le CCAS pourrait être un vecteur utile pour cela, en relayant les événements culturels auprès de ceux qui s’en sentent exclus. Cela passe par une réflexion sur la diffusion culturelle dans la commune, sachant s’affranchir, quand il le faut, des espaces et des temps et des espaces traditionnellement dédiés.
Ces quelques pistes, non exhaustives, restent à s’envisager avec toutes celles et ceux qui pensent qu’une société solidaire se construit tous ensemble.
[1] Les CCAS sont des services municipaux qui proposent des aides et des actions pour les personnes en situation de fragilité, de précarité ou de handicap ; un CCAS est un établissement public autonome administré par un Conseil d’administration dont le Maire est Président de droit.
[2] La CPAM, ou Caisse Primaire d’Assurance Maladie, est un organisme de droit privé rattaché à la Sécurité sociale, chargé de gérer les remboursements de soins et les indemnités journalières. Elle assure la liaison entre les assurés et l’Assurance maladie, avec 102 CPAM réparties sur le territoire français. Ses missions incluent la gestion des droits à la protection universelle maladie, le traitement des feuilles de soins et la promotion de la santé par des actions préventives.
Une RSS à Chevry : quelle politique pour nos anciens à Gif ?
Le projet municipal d’installation d’une Résidence Services Seniors (RSS) sur l’actuel terrain de Touch rugby du quartier de la Plaine à Gif sur Yvette, tel que présenté au Conseil Municipal suscite questionnements ou oppositions tant chez les riverains que chez un certain nombre de giffois.
Avant d’étudier les différents éléments de ce dossier, précisons quelques éléments concernant l’accueil des seniors, puisqu’il semble que tous les participants à la réunion publique de juin dernier n’ait pas la même appréciation de ce qui est réellement proposé.
- Les différentes solutions d’accompagnement des séniors :
- L’EHPAD :
La plus courante, cette structure accueille des personnes de plus de 60 ans qui ont besoin d’aide et d’accompagnement au quotidien et qui ne sont donc plus autonomes. Certains établissements peuvent accueillir une unité Alzheimer.
Sur Gif, il existe actuellement un établissement de ce type sur Chevry, « Les Chênes Verts », géré par la Fondation les Diaconesses de Reuilly, et doté d’une soixantaine de lits.
- La RSS :`
La Résidence Services Séniors est une structure privée qui accueille des personnes autonomes souhaitant bénéficier d’un logement agrémenté de services, certains compris dans la location du logement, d’autres optionnels. Ce type de structures, toujours privées, n’existe actuellement pas sur Gif.
A noter que les RSS n’emploient pas de personnel médical, que chaque résidant doit donc contacter personnellement, même si certaines RRS offrent un service de « conciergerie médicale ».
- La Résidence autonomie :
Contrairement aux RSS, les Résidences Autonomie ne sont pas gérées par des exploitants privés, mais par une collectivité publique (le Conseil départemental, le plus souvent). Ce sont donc des établissements médico-sociaux, qui jouent indéniablement un rôle d’importance. Le concept est de proposer des logements à vocation sociale et de maintenir une cohésion forte ; c’est pourquoi les loyers se doivent d’être abordables. Dans les grandes lignes, le mode de fonctionnement est donc similaire aux Résidences Services Seniors et s’adresse au même public : des personnes de plus de 60 ans, autonomes, valides ou semi-valides (l’indice GIR des résidents est généralement compris entre 4 et 6, voire 3 et 6).
- L’accompagnement à domicile :
Presque toujours préférable, cette solution permet tout d’abord aux séniors, autonomes ou non, d’être maintenus dans leur environnement à domicile. Cela nécessite un service « sur mesure » conçu par une définition précise des besoins, adapté individuellement tout en tenant compte des besoins collectifs, notamment ceux concernant les rapports sociaux.
- Le projet municipal, côté besoin des séniors
Tel que présenté à ce jour, et même si M. le Maire prétend que rien n’est fixé, le projet municipal envisage une RSS avec l’argument que ce type d’accueil n’existe pas actuellement sur la commune et qu’il existerait une demande de la part de séniors octogénaires habitant seuls dans de grands logements, mais désireux de rester sur Chevry.
La question ne se pose, selon nous, pas tout à fait dans ces termes, et ce pour plusieurs raisons :
La demande évoquée ne repose sur aucune enquête exhaustive, ce qui pose la question de l’investissement envisagé au regard du nombre de giffois réellement concernés par ce projet.
Des besoins autrement plus urgents nous semblent devoir être traités, en coordination avec le département, besoins que nous ne pouvons pour l’instant chiffrer :
- Les besoins non répertoriés de résidence en EHPAD (l’actuel EHPAD de Chevry étant quasiment plein) ;
- Le besoin en accueil des personnes souffrant d’Alzheimer et d’accompagnement de leurs aidants. Une RRS n’est pas une réponse satisfaisante ;
- Le besoin d’accueil pour les personnes de 60 ans ou plus, souffrant de handicap, vivant actuellement en foyer et ne pouvant plus être maintenu dans leurs structures actuelles
Avant de se lancer dans un projet de RRS ne bénéficiant qu’à la partie la plus aisée de la population giffoise, afin de libérer des pavillons à de nouvelles familles, il conviendrait donc de lister le plus précisément possible les besoins sur la commune, voire des communes voisines, et ce afin de privilégier les publics prioritaires à une politique communale et départementale d’accompagnement des séniors.
- Le projet municipal, côté urbanisme
Tout d’abord, il convient de rappeler un adage qui devrait avoir force de loi : le meilleur béton « vert », c’est celui que l’on n’utilise pas !
La bétonisation qu’imposerait un tel projet, sans même imaginer les transformations qu’il apporterait dans le quotidien du quartier (comme l’augmentation des déplacements liés aux résidents comme au fonctionnement même du service), le rend à nos yeux, impossible en l’état du projet. Le rapport bénéfices/nuisances écologiques nous parait fortement négatif.
Fort de ce principe, et en fonction de besoins chiffrés et anticipés, se pose la question de la nécessité de construire une résidence ou bien plus simplement et écologiquement d’utiliser et de développer toutes les solutions qui permettront de consolider l’accompagnement à domicile des personnes autonomes comme, bien entendu, celles qui sont en perte d’autonomie ou totalement dépendantes. C’est bien plus simple et plus écologique de préférer à une RSS de luxe, des alternatives de ce genre, même si, dans le cas de petites unités (type accueil et suivi de personnes handicapées), celles-ci pourraient être envisagées et facilitées par une intégration dans de l’existant de plus petites surfaces d’une vingtaine de logements que les 120 logements évoqués pour la future RSS ! Le départ de la gendarmerie du centre de Gif permettrait, par exemple ; ce genre d’opération immobilière.
Enfin, les besoins conséquents d’accueil d’étudiants du Moulon nous autorisent à rechercher toutes les solutions permettant d’enrichir les liens intergénérationnels, en imaginant par exemple un nouveau type de « colocations ». Des exemples existent !
En conclusion, la position que nous continuerons à défendre est celle du refus, en l’état, de l’installation d’une RSS sur le terrain de la Plaine :
- Car ces besoins non prioritaires ne servent les intérêts que des giffois les plus aisés, au détriment d’un espace de verdure utilisé collectivement par les habitants du quartier et les sportifs Giffois ;
- Car les besoins d’un accompagnement des séniors actuels et à venir ne sont pas réellement pris en compte dans ce projet, puisque non répertoriés de façon exhaustive ;
- Car d’autres localisations doivent être envisagées, à supposer que ce projet continue d’être priorisé tel quel par la majorité municipale : mais dans ce cas pourquoi ne pas s’orienter sur une Résidence Autonomie ?
Nous suivrons donc attentivement les concertations envisagées dans les mois qui arrivent, afin de tenter d’orienter une réflexion qui puisse prendre en compte à la fois les besoins d’accompagnement de tous les anciens et l’impératif d’une moindre artificialisation des sols.
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